Discriminations au logement sur le dunkerquois : l'enquete

Publié le par MRAP Dunkerque

Logement dans le dunkerquois : Ghettoisation

 

« Le patronyme condamne à vivre dans un quartier plutôt qu'un autre »

  Selon Égalité Républicaine, le patronyme joue clairement dans l'attribution des logements.


|  ENQUÊTE |


« Dis-moi comment tu t'appelles, je te dirai où tu logeras, ou plutôt, où tu ne logeras pas » : en substance, voilà le constat dressé par l'association Égalité Républicaine, qui vient de boucler une enquête sur les logiques de peuplement des familles présentant un « patronyme potentiellement discriminant » (sic) dans les HLM de Dunkerque. Conclusion ? Selon l'association, qui oeuvre pour la mixité sociale et culturelle dans les quartiers, « le patronyme joue clairement dans l'attribution des logements ».

 

Réalisée de novembre 2007 à mars 2008, l'enquête a été menée en partenariat avec la Plateforme de l'égalité (1) et a reçu l'agrément de la Commission nationale informatique et liberté (CNIL). « Elle a porté sur plus de 6 000 logements, répartis sur l'ensemble de la ville, explique Nordine Henni, président d'Égalité Républicaine et membre de la Plateforme de l'égalité. Notre étude a été menée sous la forme d'un recensement patronymique et visait à déterminer d'éventuelles pratiques discriminatoires dans la distribution du logement social à Dunkerque. Malgré nos sollicitations, les bailleurs sociaux n'ont, malheureusement, pas voulu y participer. » Quid de la méthode utilisée ? En fait, elle a consisté à relever à chaque entrée d'immeuble le nombre de logements habités par des familles présentant un « patronyme potentiellement discriminatoire » (expression imposée par la CNIL), c'est-à-dire à consonance arabe et/ou africaine. « L'enquête n'est pas exhaustive mais constitue une précieuse contribution au débat, poursuit Nordine Henni. Elle est une indication de la manière dont le peuplement est organisé à Dunkerque, notamment en ce qui concerne les familles que nous avons ciblées. »


Une fracture est-ouest


Au final, le travail réalisé aboutit à une photographie « fidèle et très précise de la réalité de l'occupation du logement social des personnes dont le nom constitue un frein à son accession », estime Nordine Henni.

Ainsi, si les ghettos à l'américaine n'existent pas à Dunkerque, l'enquête révèle que les logiques de peuplement des territoires restent très marquées. « La fracture spatiale qui sectionne la ville en deux selon un partage est-ouest est la résultante de pratiques anciennes, qui se poursuivent aujourd'hui et privilégient la concentration à la dispersion. Cela est vrai dans le domaine du logement ancien, mais aussi dans le neuf, où les taux d'occupation du parc social par les familles cibles sont maintenus à des niveaux extrêmement bas. » D'un point de vue géographique, l'enquête conclut que les familles ciblées sont maintenues dans des quartiers précis, situés à l'ouest et à la périphérie (Carré de la Vieille, Banc Vert), alors que les quartiers situés à l'est de la ville (Malo, Rosendaël) restent globalement hermétiques aux familles portant un « patronyme potentiellement discriminatoire ». Discrimination ethnique ou discrimination économique et sociale ? Se basant sur les informations recueillies lors de ses permanences, Égalité Républicaine, elle, souligne ce qui lui apparaît comme une évidence : « Il faut cesser de considérer les "familles cibles" comme irrémédiablement attachées à la précarité et reconnaître que la variable patronymique agit comme un critère dans l'attribution de logement. En clair, dire que le patronyme vous condamne à vivre dans un quartier plutôt qu'un autre est une réalité », assure Nordine Henni.


Face à ce constat, Égalité Républicaine émet une série de recommandations, qu'elle fera remonter aux élus locaux et aux bailleurs sociaux : « Il faut lever le verrou sur la partie est de la ville et augmenter le taux d'occupation de 2 %. Il faut encore desserrer l'étau dans le logement neuf et revoir à la hausse les plafonds qui semblent avoir été adoptés. » Et Nordine Henni de conclure : « Nous proposons aussi de mettre en oeuvre le principe d'anonymat des dossiers de demandes de logement et de rendre les procédures d'attribution transparentes, en clarifier par exemple les critères. » •


OL. D.


jeudi 02.10.2008, 04:57 - La Voix du Nord

Publié dans Local

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